Coral Gardeners : réparer les récifs, reconstruire l’avenir
Les récifs coralliens disparaissent plus vite qu’ils ne se régénèrent. Face à cette réalité, certaines initiatives refusent la résignation et choisissent l’action concrète. Coral Gardeners fait partie de celles qui transforment l’inquiétude en engagement, directement sur le terrain.
Moorea a pour moi une résonance particulière. J’y ai vécu un mois en 2000, lorsque mes parents s’y étaient installés. Les plongées avec Daniel et Henri du club Scubapiti restent parmi mes souvenirs les plus vifs : des décors vibrants, des reliefs coralliens foisonnants, une faune tropicale à la fois familière et sauvage. À l’époque, je pratiquais la plongée sous-marine et je me suis essayée à la chasse sous-marine en apnée avec Mike, le voisin de mes parents, installés depuis peu à Maharepa. Je ne savais pas encore que, des années plus tard, j’abandonnerais la plongée bouteille pour me consacrer à l’apnée, et devenir une fervente promotrice de sa pratique auprès des femmes et de la protection des océans.
C’est sans doute pour tout cela que le travail de Coral Gardeners me touche autant aujourd’hui. Sous la surface turquoise de Moorea, une petite révolution silencieuse est en marche. Cette association est née d’un constat brutal : ces récifs que j’ai connus si vivants sont désormais en danger. Blanchiment, hausse des températures, pression humaine… tout concourt à fragiliser ce qui semblait autrefois indestructible.
En 2017, de jeunes Polynésiens, surfeurs, apnéistes, amoureux du lagon, ont décidé de ne pas rester spectateurs. Leur question de départ était simple : comment redonner une chance aux coraux qui s’éteignent ? Leur réponse demande patience, rigueur scientifique et une bonne dose d’audace. L’équipe identifie les coraux les plus résistants au stress thermique, les bouture dans des nurseries sous-marines, puis les replante sur des zones de récifs dégradés. Un véritable jardinage marin, précis et méthodique.
Un exemple concret de leur action se trouve dans les lagons de Moorea, où des zones autrefois appauvries ont été progressivement recolonisées grâce à des centaines de boutures issues de « coraux mères » sélectionnés pour leur résilience. En quelques années, ces parcelles restaurées voient revenir poissons, invertébrés et algues, recréant peu à peu la complexité d’un récif fonctionnel. Chaque fragment fixé est un pari sur l’avenir, mais aussi une preuve tangible que la restauration est possible.
Coral Gardeners ne se contente pas de restaurer. L’association forme les jeunes locaux, partage ses connaissances et rappelle que la protection du récif est aussi une affaire de culture et de transmission. Le lagon n’est pas qu’un décor de carte postale : c’est un patrimoine vivant, au cœur de l’identité polynésienne.
Aujourd’hui, l’initiative s’étend sur plusieurs îles et intègre des outils innovants : drones pour cartographier les récifs, capteurs pour suivre leur évolution, sélection de « super-coraux » capables de mieux résister aux températures extrêmes. Une rencontre entre science, technologie et savoirs locaux.
Soutenir Coral Gardeners, c’est possible à plusieurs niveaux : en relayant leur action, en soutenant financièrement leurs programmes de restauration, en adoptant des pratiques plus respectueuses de l’océan au quotidien, ou simplement en s’informant et en sensibilisant autour de soi. Revoir Moorea portée par une génération déterminée à protéger ce qui la fait vivre rappelle une chose essentielle : les gestes qui sauvent l’océan commencent souvent là où l’attachement est le plus fort, dans le bleu familier d’une baie que l’on aime.
Pour en savoir un peu plus et les soutenir, visitez le site Coral Gardeners.
À propos de la photo qui illustre cet article de blog :
Les coraux sont des animaux vivant en symbiose avec une algue appelée zooxanthelle. C’est cette algue qui crée le kaléidoscope de couleurs fascinant que nous observons sous l’eau.
N’est-il pas étonnant qu’un organisme aussi microscopique puisse colorer un récif entier ?
Photo : Ben Thouard, ambassadeur Coral Gardeners @benthouard, retouchée par @ryan_borne.
Coral Gardeners: restoring reefs, rebuilding the future
Coral reefs are disappearing faster than they can regenerate. Faced with this reality, some initiatives refuse resignation and choose concrete action. Coral Gardeners is one of those projects that turns concern into hands-on commitment, directly in the field.
Moorea holds a very special place for me. I lived there for a month in 2000, when my parents were based on the island. Diving with Daniel and Henri at the Scubapiti dive center remains one of my most vivid memories: vibrant underwater landscapes, rich coral structures, and a tropical marine life that felt both familiar and wild. At the time, I was scuba diving and even tried spearfishing while freediving with Mike, a neighbor of my parents who had recently settled in Maharepa. I had no idea that years later I would leave scuba diving behind to dedicate myself to freediving, and become a passionate advocate for the practice among women and for ocean protection.
That is certainly why the work of Coral Gardeners resonates so strongly with me today. Beneath the turquoise surface of Moorea, a quiet revolution is underway. The association was born from a stark observation: the reefs I once knew as thriving ecosystems are now under threat. Bleaching, rising water temperatures, human pressure, everything contributes to weakening what once seemed indestructible.
In 2017, young Polynesians, surfers, freedivers, and lagoon lovers, decided not to remain passive witnesses. Their initial question was simple: how can we give dying corals a second chance? The answer requires patience, scientific rigor, and a good dose of boldness. Coral Gardeners identifies the most resilient corals, propagates them in underwater nurseries, and then replants them on degraded reef areas. It is true marine gardening, precise and methodical.
A concrete example of their impact can be seen in the lagoons of Moorea, where areas once severely degraded have gradually been recolonized thanks to hundreds of coral fragments taken from carefully selected “mother corals.” Within a few years, these restored plots have seen the return of fish, invertebrates, and algae, slowly rebuilding the complexity of a functioning reef. Each fragment fixed in place is a bet on the future, but also tangible proof that reef restoration is possible.
Coral Gardeners does not stop at restoration. The organization trains local youth, shares knowledge, and emphasizes that reef protection is also a matter of culture and heritage. The lagoon is not just a postcard landscape; it is a living legacy, deeply rooted in Polynesian identity.
About the photo illustrating this blog post:
Corals are animals living in symbiosis with an algae called zooxanthellae. This algae is responsible for the mesmerizing kaleidoscope of colors we see underwater. Isn’t it astonishing that something so microscopic can color an entire reef?
Photo by Coral Gardeners ambassador Ben Thouard @benthouard, edited by @ryan_borne.
